Category: Livres,Romans et littérature,Littérature française

Pot-Bouille Details

Zola est entré partout, chez les ouvriers et chez les bourgeois. Chez les premiers, selon lui, tout est visible. La misère, comme le plaisir, saute aux yeux. Chez les seconds, tout est caché. Ils clament : « Nous sommes l’honneur, la morale, la famille. » Faux, répond Zola, vous êtes le mensonge de tout cela. Votre pot-bouille est la marmite où mijotent toutes les pourritures de la famille.Octave Mouret, le futur patron qui révolutionnera le commerce en créant « Au Bonheur des Dames », arrive de province, et loue une chambre dans un immeuble de la rue de Choiseul. Beau et enjoué, il séduit une femme par étage, découvrant ainsi les secrets de chaque famille. Ce dixième volume des Rougon-Macquart, qui évoque la vie sous le Second Empire, montre ici la bourgeoisie côté rue et côté cour, avec ses soucis de filles à marier, de rang à tenir ou à gagner, coûte que coûte. Les caricatures de Zola sont cruelles mais elles sont vraies.

Reviews

Jusqu??à présent, Zola s??était intéressé à la misère des petites gens, exploitées et victimes de faiblesses héréditaires (« L??assommoir »), aux commerçants (« Le Ventre de Paris »), aux prêtres (« La conquête de Plassans » et « La faute de l??Abbé Mouret ») ainsi qu??à la noblesse ancienne ou plus récente (celle de l??Empire), toutes deux vouées à disparaître. Si son regard n??était pas toujours tendre, celui posé sur la bourgeoisie dans « Pot-bouille » confine à la haine.L??action se déroule toute entière dans un immeuble parisien, que son propriétaire comme son zélé concierge souhaite conforme aux bonnes m?urs ?? « Certainement, la moralité de la maison le préoccupait ; il y sentait comme un souffle de choses déshonnêtes qui troublait la nudité froide de la cour, la paix recueillie du vestibule, les belles vertus domestiques des étages ». C??est la noirceur qui se cache derrière cette façade de respectabilité que Zola choisit de nous raconter.Très remonté contre l??adultère, il décrit les nombreuses conquêtes d??Octave Mouret parmi les femmes mariées de son entourage. Mais il met surtout en scène des laideurs morales habillées de bons sentiments, la plupart inspirées par l??appât du gain : locataire enceinte mise à la porte, renvoi incessant des bonnes, arnaque à la dot?Les bonnes, précisément, révèlent les turpitudes de leurs maîtres, dans la cour intérieure qui est leur royaume. Et ne sont pas tendres entre elles : (à propos de l??une d??elles, souffre-douleur des autres) « Vous savez, elle en garde dans ses dents pour se nourrir toute la semaine ».Ni les femmes ni les hommes ne sont à la fête. Berthe, principale figure féminine, à « l??indifférence de fille grandie en serre chaude », vit au-dessus de ses moyens en profitant des hommes. Quant à ceux-ci, ils fuient leur famille auprès de femmes entretenues, qu??ils ont la bêtise ou la faiblesse de croire fidèles.« Pot-bouille », c??est donc tout cela comme l??indique le titre à double sens, l??intérieur bourgeois caché derrière les apparences (la cuisine de famille), et ces relations qui se font et se défont (faire pot-bouille = se mettre en ménage).Parmi les dix premiers Rougon-Macquart, « Pot-bouille » est celui qui s??approche le plus d??une pièce de théâtre. Outre l??unité de lieu et de temps, Zola y déploie un certain humour de répétition, souvent caustique, comme les reproches injustes de Mme Josserand à son insignifiant mais dévoué mari (sans doute le plus sympathique du lot, en tout cas digne de compassion), que perpétue ensuite sa fille avec son propre mari.Un roman cruel et âpre sur une « société finissante », en voie de décomposition.