Category: Livres,Romans et littérature,Littérature française

Moderato cantabile Details

« Qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile ? - Je sais pas. » Une leçon de piano, un enfant obstiné, une mère aimante, pas de plus simple expression de la vie tranquille d'une ville de province. Mais un cri soudain vient déchirer la trame, révélant sous la retenue de ce récit d'apparence classique une tension qui va croissant dans le silence jusqu'au paroxysme final. « Quand même, dit Anne Desbaresdes, tu pourrais t'en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c'est facile. » « De quel poids le destin des autres pèse-t-il sur ceux qui en sont témoins ? Pourquoi le cri soudain d'une inconnue et la vue de son corps en sang ont-ils troublé si fort Anne Desbaresdes, qui est une femme jeune et riche, uniquement attachée à son petit garçon ? Pourquoi retourne-t-elle au café sur le port, où le cadavre de l'inconnue s'était écroulé dans le jour tombant ? Pourquoi interroge-t-elle cet autre inconnu, Chauvin, témoin comme elle ? Une étrange ivresse s'empare d'elle, où les verres de vin qu'elle se fait servir, et qu'elle boit lentement, ne sont au mieux que des prétextes. Sur le lieu du crime commis par un autre elle revient chaque jour. Chaque jour elle interroge plus avant, parle elle-même un peu plus longuement. L'enfant joue dehors pendant qu'elle s'attarde. Mais un jour elle viendra seule. Un jour elle aura la réponse. Que cherchait-elle donc ? L'amour de Chauvin ? La mort des mains de cet homme qu'elle désire, et qui la désire, comme l'avait obtenue de son amant la femme assassinée ? Un immense scandale silencieux s'est enflé autour d'Anne et de Chauvin et se résout dans le silence par leurs mains qui se joignent une seconde seulement, les lèvres posées sur les lèvres une seconde. Adieu. Tout est dit. » (Dominique Aury, La Nouvelle Revue Française, juin 1958) Marguerite Duras (1914-1996) a publié Moderato cantabile en 1958.

Reviews

Ouh là, c'est du lourd !J'en suis encore toute retournée.Ceux qui me suivent savent que je fais en ce moment une cure de Marguerite Duras, en même temps que la lecture d'autres livres (il faut bien, boulimique de livres, ma PAL va bientôt s'écrouler, mais il y a tant de choses intéressantes à lire en moment !).J'avais été un peu déçue par Hiroshima mon amour, désorientée serait le terme le plus juste.Là, point de tergiversation : c'est un livre exceptionnel.Une histoire d'amour floue, étonnante, aberrante.Tant par son fond que par sa forme.Très étrange par ailleurs.On retrouve les thèmes chers à Duras ; la mer (mère), le crépuscule, soleil couchant qui ombre le café, l'alcoolisme, l'amour naissant, la vacuité de la vie, les répétitions, l'enfance, l'amour qu'Anne porte à son petit garçon (très touchant son désir qu'il grandisse vite...).J'aurai bien vu ce livre plutôt au théâtre, avec ses répliques bizarres et comme décor le café et la maison d'Anne, bourgeoise qui s'ennuie ferme dans sa prison dorée. D'ailleurs, le chapitre pendant la réception où elle arrive en retard est criant de vérité. Elle n'est manifestement pas à sa place et pas heureuse.Roman étrange donc, difficile à cerner.Les dialogues sont décousus, chacun parle à l'autre sans véritablement l'écouter, ce qui donne à l'ensemble quelque chose de bizarre. Comme une étrangeté. Chacun suit son idée, et passe très souvent du coq à l'âne.On ressent bien l'ennui, la vacuité de la vie d'Anne, par contre Chauvin a une obsession : épier et espionner Anne, ce qu'il lui avoue d'ailleurs rapidement. Mais finalement, Anne aussi a une obsession : le meurtre de la femme au début.L'alcoolisme est omniprésent durant tout le roman, essentiellement du vin. En grande quantité, des le début de la rencontre.Cela donne un roman comme je n'ai jamais lu, avec un style épuré, une distanciation évidente, des dialogues parfois absurdes, comme si Duras n'était plus maître de son livre, mais que les personnages lui forçaient la main, comme si elle était totalement étrangère à son roman. Comme si elle s'etait mise de côté. Je comprends la perplexité des critiques de l'époque.Elle dit sans dire, elle écrit sans écrire, elle déconstruit le roman, elle nous offre une lecture vide, et pleine à la fois.Je peine à raconter ce que je ressens, mais cet ennui, cette vacuité sont bien réels pourtant.Quelle prouesse ! Quelle originalité !Sacrée Marguerite.Elle m'épatera toujours.PS : allez hop, maintenant, en route pour le Ravissement de Lol V.Stein.