Category: Livres,Romans et littérature,Littérature française

Le rapport de Brodeck (La Bleue) Details

Le métier de Brodeck n’est pas de raconter des histoires. Son activité consiste à établir de brèves notices sur l’état de la flore, des arbres, des saisons et du gibier, de la neige et des pluies, un travail sans importance pour son administration. Brodeck ne sait même pas si ses rapports parviennent à destination. Depuis la guerre, les courriers fonctionnent mal, il faudra beaucoup de temps pour que la situation s’améliore. « On ne te demande pas un roman, c’est Rudi Gott, le maréchal-ferrant du village qui a parlé, tu diras les choses, c’est tout, comme pour un de tes rapports. » Brodeck accepte. Au moins d’essayer. Comme dans ses rapports, donc, puisqu’il ne sait pas s’exprimer autrement. Mais pour cela, prévient-il, il faut que tout le monde soit d’accord, tout le village, tous les hameaux alentour. Brodeck est consciencieux à l’extrême, il ne veut rien cacher de ce qu’il a vu, il veut retrouver la vérité qu’il ne connait pas encore. Même si elle n’est pas bonne à entendre. « A quoi cela te servirait-il Brodeck ? s’insurge le maire du village. N’as-tu pas eu ton lot de morts à la guerre ? Qu’est-ce qui ressemble plus à un mort qu’un autre mort, tu peux me le dire ? Tu dois consigner les événements, ne rien oublier, mais tu ne dois pas non plus ajouter de détails inutiles. Souviens-toi que tu seras lu par des gens qui occupent des postes très importants à la capitale. Oui, tu seras lu même si je sens que tu en doutes... » Brodeck a écouté la mise en garde du maire. Ne pas s’éloigner du chemin, ne pas chercher ce qui n’existe pas ou ce qui n’existe plus. Pourtant, Brodeck fera exactement le contraire.PRIX GONCOURT DES LYCEENS 2007 (12/11/2007)

Reviews

« Le rapport de Brodeck » est un de ces romans qui appellent les références : le 4ème de couverture convoque Primo Levi et Julien Gracq (pour moi le plus grand orfèvre de la langue française), mais ce livre m??évoque surtout Giono, par son évocation animiste de la nature et des choses. Si les métaphores de Claudel n??atteignent pas la puissance de celles de Giono, la nuit, les saisons, semblent douées de vie, la nature se drape d??une aura mystérieuse et terriblement vivante.L??histoire se déroule dans un pays d??Europe centrale aux accents germaniques, qui se relève d??une période de guerre, marquée par les pogroms et les camps de concentration. Survivant de l??un de ces camps, déporté sur dénonciation, Brodeck est l??âme pure d??un village isolé (bien que rongé d??une culpabilité qu??on ne découvre qu??à la fin). Ce fameux rapport qu??on lui demande, c??est celui censé absoudre le village entier du meurtre d??un étranger, qui a eu le malheur de renvoyer à chacun l??image de sa laideur intérieure.?tonnamment dénué d??esprit de vengeance, Brodeck accomplit sa mission entre peur et désir de comprendre.Ce roman de la déshumanisation et du renoncement est aussi un hymne à la nature et aux choses simples, emprunt de poésie.La citation, à propos des déportés survivants : « Il y a en nous les ferments de la déception et de l??intranquillité. Je crois que nous sommes devenus, et jusqu??à notre mort, la mémoire de l??humanité détruite. Nous sommes des plaies qui ne guériront jamais. »